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Nous avons aimé

Un hommage au cinéaste israélien David Perlov (1930-2002) se tiendra le 15 février à la Cinémathèque de Tel Aviv
Mais quel rapport juste ciel! Eh bien le premier film de l'artiste, en 1957, est un court-métrage issu de dessins caustiques d'une fillette de 12 ans en vacances à la campagne en 1894. La jeune Marguerite Bonnevay invente l'histoire de Tante Chinoise lors d'un séjour à Gonfaron, dans le Var, où elle s'ennuie ferme. Elle trouve son inspiration auprès des habitants du village. Ses dessins et leurs légendes dénotent un sens de l'observation et un humour caustique peu communs à cet âge, mais témoignent aussi d'un vrai talent artistique

Soixante ans plus tard, Marguerite Jungermann, sa nièce, étudie aux Beaux-Arts en compagnie de David Perlov, hébergé par sa famille. Elle lui montre les dessins de Tante Chinoise, reçus en héritage. Impressionné par le talent de Marguerite, le jeune homme décide d'en faire un film. Une souscription est lancée. Jeanne Moreau, Jacques Prévert, Claude Olivenstein, Vieira Da Silva, ou encore Czeslaw Milosz et Calder, fascinés par les dessins, permettent au projet d'aboutir
Tante Chinoise et les autres devient ainsi le premier film de David Perlov. Jacques Prévert en a écrit le prologue et Germaine Tailleferre, composé la musique. Conservé dans des archives, ce court métrage de dix-sept minutes, plein de poésie, n'a été projeté qu'à de très rares occasions, dont la rétrospective Perlov du Centre Pompidou en 2005
Ce magnifique ouvrage regroupe donc les dessins de cette pionnière de la BD et le film de David Perlov
 
 
 
La mort du moine ou "L'affaire de Damas" vue par un jeune auteur israélien, Alon Hilu, dont c'est le premier livre. Partant d'un fait historique qui en 1840 a secoué la communaute juive du monde entier, l'auteur nous raconte les malheurs d'un jeune homosexuel confronté à une société machiste régie par des lois cruelles et des a priori qui le pousseront à remettre en question le bien fondé de ceux-ci, ainsi que ses rapports à la famille. Abondonné et haï de tous, il se raccroche à l'amour, seule valeur restant à défendre quel qu'en soit le prix
 
 
 
 
Une nouvelle collection Folio cinéma vient de paraitre chez Gallimard. Il s'agit de coffrets regroupant un roman, son adaptation cinématographique sur DVD et un petit livret de présentation. Vous retrouverez sur vos écrans ce que vous avez lu et aimé, tout en y découvrant un sens nouveau grace à l'interprétation d'un réalisateur de renom. Inversement, vous pourrez lire des romans dont vous ne soupçonniez pas l'existence et qui auront servi de base à des chefs-d'oeuvres du cinéma. Douze titres sont à l'affiche: L'adversaire, Belle de Jour, L'histoire d'Adele H., Out of Africa, Tous les matins du monde et d'autres
 
 Un mois de mots et d'images donc, c'est que le plaisir culturel se décline en plusieurs couleurs
 
Janvier 2010

 


 Le libraire reçoit quantité de catalogues, des longues listes d'"à paraitre", les éditeurs poussent un livre plus qu'un autre, parfois parce que l'auteur passe bien à la télé ou qu'il est très connu et qu'il nous révèle des scoops sur sa vie privée à travers un roman à l'eau de rose, mais souvent tout de même et heureusement pour ses qualités littéraires. Alors notre rôle est de débroussailler un peu et d'essayer de vous transmettre le meilleur. Parfois ce rôle s'inverse et c'est vous qui nous faites découvrir des petites merveilles. J'adore ces choix là, parce qu'ils sont inattendus, ils proviennent d'intérêts différents et sont très souvent enrichissants

          C'est comme ça que j'ai découvert: Hans Fallada, nom de plume de Rudolf Ditzen, auteur allemand né en 1893. Il dépeint la vie des petites gens dans cette Allemagne en crise, puis en guerre, il décède en 1947, année de la parution de Seul dans Berlin, où l'on découvre toute l'horreur et la barbarie du Troisième Reich à travers la vie quotidienne d'un immeuble à Berlin entre 1940 et 1942. On y croise la vieille Madame Rosenthal dénoncée par son voisin le jeune S.S. zélé Persicke et puis les Quangel, qui viennent de perdre leur fils au front et veulent se battre contre ce régime. Les berlinois ont peur, ils vivent dans l'angoisse de se faire arrêter par la Gestapo pour une parole de trop, "une moitié du peuple enferme l'autre" dit le vieux conseiller honoraire du premier étage. Fallada fait une description captivante de la tension qui règne dans la ville, ses acteurs sont frappants de vérité. Primo Levi avait dit de ce dernier roman "qu'il est l'un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie".
            
 Lorant Deutsch est comédien, mais aussi passionné d'histoire et amoureux de Paris. Avec Métronome il nous offre une balade à travers l'histoire de Paris au fil de ses stations de métro qui sont autant de prétextes à diverses anecdotes sur les origines de la capitale. "De la Cité à la Défense le métro est une machine à remonter le temps" écrit-il.

Une promenade passionnée qui pique notre curiosité.

 
Un petit mot enfin sur Yasmine d'Eli Amir. C'est un roman moins récent mais une belle traduction de l'hébreu. Jérusalem est reunifiée ou conquise, tout dépendra du protagoniste.Il s'agit désormais pour Nouri d'aider à créer un pays à l'image de ses croyances, un pays en paix avec ses cousins et voisins, ouvert aux relations et à l'écoute des souffrances. Pour Yasmine, nouvellement rentrée de Paris, la blessure est profonde et l'humiliation récurrente. Comment alors concilier leur amour réciproque à celui de la "patrie"...

Novembre 2009 

 


 Cette année, miracle, j'ai pris des vacances!! Et qui dit vacances dit lecture, une libraire qui lit! Normal me direz-vous mais en  vacances la libraire a le loisir de lire plus et d'en abuser… "Maman quand est-ce-qu'on mange?!" "Voilà voilà je finis mon chapitre!"

J'ai donc découvert, d'abord Delphine de Vigan et son dernier roman Les heures souterraines, où résonnent les violences silencieuses de la vie à Paris en l'occurrence. Delphine de Vigan aime les sujets difficiles, qui vous prennent au ventre mais qui vous sont parfois si familiers.  Mathilde élève seule ses 3 enfants et travaille dans une entreprise qui a un moment de sa vie l'a sauvée, l'a aidée à tenir debout mais qui tout a coup et sans réelle raison devient le lieu de sa destruction. On la suit dans cette descente aux enfers qu'elle n'arrive pas a enrailler, a cause de la honte. Cette violence porte un nom: le harcèlement moral, mais l'auteur ne le prononce jamais, c'est sa force que de nous faire partager ce sentiment d'infini désarrois. Et puis il y a Thibault, l'autre personnage, le médecin des urgences à domicile qui sillonne Paris au volant de sa Clio et étire sa permanence jusqu'à l'épuisement pour oublier qu'il vient de quitter la femme qu'il aimait à sens unique. Les deux personnages ne se connaissent pas mais ont en commun leur immense solitude au milieu de la ruche urbaine. On aimerait tellement que leurs chemins se croisent…
Roman sombre? Peut-être mais mené avec brio et d'ailleurs retenu dans la deuxième sélection du prix Goncourt

 
Et puis j'ai lu un petit bijou, Le village de l'Allemand de Boualem Sansal qui vient de  sortir en Folio. L'auteur est algérien et a repris ici une histoire vraie, il en a fait un journal à deux voix, celles des frères Schiller qui découvrent le passé nazi de leur père allemand retiré dans le petit village d'Algérie où  ils sont nés. Les frères sont arrivés très jeunes en banlieue parisienne et dans leurs récits s'entrecroisent la Shoah, la violence en Algérie et l'islamisme montant des banlieues. L'écriture de Boualem Sansal est magnifique, le texte grave et incroyablement courageux

   
 
A signaler aussi le dernier livre de Philip Roth, Exit le fantôme qui vient tout juste de paraitre et où l'ecrivain est au summum de son art. On y retrouve Nathan Zuckerman, narrateur de neuf des romans de Roth. Un personnage, une sorte de double de l'auteur qui est toujours aussi critique envers la société américaine, il tire ici sa révérence 
Faut-il y voir une sorte d'anticipation de l'écrivain
 
 
Octobre 2009 

 Le rapport de Brodeck de Philippe Claudel - Livre de Poche

 Enfin en livre de poche un des plus beaux romans de la litterature contemporaine. C’est un livre très dense et donc difficile à résumer, Brodeck prend le Rapport comme prétexte en quelque sorte à une confession beaucoup plus vaste, une sorte d’autobiographie dont il découvrirait lui-même des bribes lors de ses investigations. Nous sommes dans un village, après le deuxième guerre mondiale, quelque part à l’est de la France, près de la frontière ennemie, dans un endroit ballotté par l’Histoire et où l’ennemi est dans le fond plus familier que le reste du pays lui-même  

 
Brodeck écrit des rapports sur la faune et la flore pour une administration qu’il ne connaît qu’à travers les maigres mandats qui lui parviennent de temps en temps. On comprend que Brodeck est un miraculé des camps sans qu’à aucun moment ne figure le mot « juif » ou « shoah » dans le texte mais dans le fond quand il est suggéré le mal est d’autant plus présent. On découvre au fil du récit tout ce passé douloureux que Brodeck s’acharne à oublier
 Au tout début du livre Brodeck arrive un soir à l’auberge du village et y découvre tous les hommes réunis et repliés dans leur silence. Il comprend alors qu’il vient de se passer quelque chose de terrible, d’irréparable mais d’inéluctable. Il comprend que ces gens viennent d’ assassiner l’ étranger, cet homme qui était arrivé de nulle part pour s’installer quelques temps au village avec son ane et son cheval, ses pinceaux et ses livres. Mais cet étranger dont personne ne connaît le nom d’ailleurs, qu’on appelle L’Autre, l’Anderer, était trop différent d’eux, trop exentrique, trop peu bavard et donc menaçant pour les villageois rustres et simples qu’ils sont. Ces hommes demandent alors à Brodeck d’écrire un rapport sur ce qui vient de se produire.
 Brodeck hésite, il était juste venu acheter du beurre… il hésite mais il finit par accepter parce qu’il a peur
Le sujet principal de ce livre est finalement la peur, déclinée sous toutes ses formes, comment la peur peut transformer un homme, le pousser au pire. La peur de la mort, de l’étranger, du danger, du changement. La peur fait partie intégrante des événements et elle en est leur moteur
 
Tout au long du livre Brodeck nous raconte comment il a écrit son rapport. Nous on ne le lira jamais mais on le devine entre les lignes de son récit qui diverge constamment d’ailleurs puisqu’il essaie de nous expliquer le pourquoi du comment et s’excuse que son texte a l’air de partir dans tous les sens « si mon récit ressemble à un corps monstrueux, c’est parce qu’il est à l’image de ma vie, que je n’ai pu contenir et qui va à vau-l’eau »
Mais tout ce désordre apparent est imbriqué de telle manière savante qu’il dilue au lecteur des révélations au compte-goutte. On est littéralement envouté par ce récit qui nous entraine dans une lente descente aux enfers où l’âme humaine peut s’égarer jusqu’à se renier elle-même.
On lit du Brodeck mais Claudel n’est jamais loin qui excelle dans l’art de manier les mots, de tourner les phrases, de suggérer l’indiscible au détour des adjectifs, de cacher la vérité dans la doublure des mots.
A travers le récit de Brodeck, à travers ses émotions, ses révoltes, on découvre le personnage, aussi sûrement et plus en finesse que si Claudel en avait fait une description détaillée.
 
Claudel, ou plutôt Brodeck émaille son texte d’une quantité de mots en dialecte qui traduisent plus précisément les émotions , et donne une dimension plus universelle au récit, transforme le drame qui se déroule peu à peu sous nos yeux en une narration métaphorique qui aurait très bien pu se passer ailleurs et en d’autres temps, puisque l’horreur humaine est universelle
 
Pour construire son rapport, Brodeck rencontre et interroge plusieurs villageois qui souvent finissent par s’épancher.  Il fouille, il veut être précis, comme dans ses rapports sur la flore, il veut tout savoir, tout comprendre. Mais à force de soulever des pierres on finit par découvrir des secrets bien plus profondément enfouis.
 
 Un très beau livre, une parabole sur l’Histoire contemporaine et sur la folie humaine. C’est aussi une confession « Mais qui sommes-nous donc ? "
 
Philippe Claudel est né dans une famille prolétaire en 1962 à Dombasle-sur-Meurthe où il vit toujours d’ailleurs (près de Nancy).
Il est agrégé de français, il a enseigné au lycée puis à l’Université de Nancy. Parallèlement il a enseigné 4 ans dans un institut pour enfants handicapés physiques et 10 ans à la prison de Nancy : « Je trouve cela normal dit-il, l’humanité c’est aussi rendre ce que l’on nous a donné, aller vers ceux qui ont moins de liberté ou de mobilité pour ne pas les enfermer dans un ghetto. » Humanité c’est d’ailleurs un de ses mots préférés, ses romans en sont toujours imprégné, ce qui l’interesse c’est l’être humain, il fouille ses troubles et ses plaies, il veut écrire des histoires qui laissent aux lecteurs des interrogations et peut-être même une autre façon de voir les choses.
Philippe Claudel est considéré comme l’un des meilleurs auteurs contemporains. Il a déjà été primé plusieurs fois :
 le Goncourt de la nouvelle pour Les petites mécaniques en 2003, et la même année il reçoit le prix Renaudot pour Les âmes grises qui a ensuite aussi été porté à l’écran par Yves Angelo 
Le Rapport de Brodeck, son sixième roman, lui rapporte le Prix Goncourt des lycéens.
Il y a longtemps que je t’aime avec Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein, son premier long métrage est sorti l'année dernière
 
Mai 2009  

 Un juif pour l'exemple de Jacques Chessex - Grasset

Jacques Chessex nous offre ici un roman basé sur une histoire vraie, survenue en 1942, en pleine tourmente nazie dans une petite bourgade suisse, Payerne. L'auteur y est né et avait 8 ans au moment des faits. Cette tragédie l'a hanté toute sa vie et avec courage il nous la rapporte dans un style tranchant mais mesuré. Courage parce que comme le rappelle Vladimir Jankélévitch qu'il cite, rapporter des propos antisémites peut équivaloir à être accusé de complicité

 

Chessex dépeint d'abord le contexte économique et social de Payerne, ville de charcutiers, frappée par un taux de chomage particulierement élevé depuis la fermeture de plusieurs entreprises. Mais en plus d'une situation économique déplorable, un autre poison s'insinue dans les rue de Payerne, la haine raciale, la propagande nazie, vehiculée par le pasteur Lugrin, antisemite notoire que viennent écouter avidement paysans ruinés et ouvriers sans emploi. Sa mission, dont il investit un garagiste du lieu, complètement assujetti à la cause hitlérienne: "sans tarder choisir un Juif représentatif, bien coupable de crasseuse juiverie, et le liquider avec éclat". On choisit finalement Arthur Bloch, marchand de betail Bernois, bien connu des paysans et des bouchers de Payerne. Il sera justement présent à la foire de Payerne ce 16 avril 1942. Le 20 avril c'est l'anniversaire d'Hitler, quel beau cadeau. Le pauvre Arthur Bloch subira une bien triste fin, sans s'être douté une seule seconde du  danger qu'il courait

Jacques Chessex, en qualité de témoin, fait ici oeuvre d'écrivain. Poete, essayiste et écrivain suisse il est l'auteur d'une quantité d'ouvrages d'une grande diversité, il a obtenu pour L'Ogre le prix Goncourt en 1973

Mars 2009

 


 

La femme promise de Jean Rouaud - Gallimard

Le dernier livre de Jean Rouaud est un magnifique roman d'amour, très différent de ce que l'auteur écrit habituellement. Un amour improbable entre deux dépouillés de la vie. Mariana est à la gendarmerie du village de Basse-Normandie où elle habite, elle porte plainte pour cambriolage quand arrive un homme revêtu de sa seule combinaison de plongée et de chaussons en caoutchouc qu'il a confectionnés avec ses palmes. On lui a volé sa voiture alors qu'il plongeait à proximité. Il était d'ailleurs descendu dans la région de son enfance après que sa femme ait vidé son appartement 

Le plus inattendu dans ce roman, c'est que l'auteur s'insinue dans son récit, se glisse entre le lecteur et ses personnages, nous fait participer à leurs tours et détours qui les méneront, ou pas, au grand amour, celui qui vaut le grand détour. Ils nous fait part de ses réflexions, nous prend à partie, nous dit combien il souhaiterait que ces deux-là s'aiment ... Et puis l'écriture de Rouaud est un vrai délice, on rit, en découvrant Madame Moineau, on est touché par le destin du père de Mariana, fils de collaborateur, qui finit par trouver le repos et la sérénité dans la solitude d'une grotte décorée de fresques paléolithiques


Prix Goncourt pour les Champs d'honneur en 1990, Jean Rouaud est un érudit et un artiste du verbe, il crochette ses phrases et les transforme en dentelle

Janvier 2009 

 


 

 Hemingway et la pluie des oiseaux morts de Boris Zaidman - Gallimard

 

Né en 1963 à Kishinev en ex-URSS, Boris Zaidman émigre en Israël en 1975. Il obtient un diplôme en communication visuelle à l'Académie des Arts et du design de Bezalel et fait en parallèle des études de journalisme. Pendant de nombreuses années, Boris Zaidman travaille dans le milieu du marketing et de la publicité. Il enseigne la communication dans diverses institutions académiques.
«Hemingway et la pluie des oiseaux morts», est son premier roman. Il raconte, en se basant sur son histoire personnelle, la confrontation de Tal Shani l'israélien, avec son alter ego Tolik, l'enfant Russe qu'il a été, tout en nous plongeant dans les remous de l'histoire des juifs dans l'ex-URSS.
 
 

 Tal vit à Tel Aviv comme un israélien de souche, statut symbolisé par la langue qu'il domine au point de pouvoir publier un roman en hébreu et par ses états de service. De retour de sa période de réserve, il reçoit une invitation pour partir dans sa ville natale vingt ans après l'avoir quittée, afin de participer à un "Festival de la culture israélienne". Tout d'abord désireux d'oublier jusqu'à l'existence de ses origines longtemps refoulées, il décide d'accepter afin de renouer avec le petit Tolik qu'il a été et sur lequel il n'a cessé de fantasmer.
Avant même l'atterrissage, nous sommes plongés dans un monde que nous croyions révolu. Nous y découvrons un univers peuplé de fantômes de la seconde guerre mondiale (les allemands envahissant la ville et sélectionnant les juifs), de crainte (la peur des dénonciations politiques) et d'attente (le retour du grand-père après des années passées au Goulag). Zaidman retrace cet univers du souvenir d'une écriture incisive, très imagée grâce aux descriptions détaillées de l'univers qui entoure son personnage et des dialogues rapides et enlevés.
Ces souvenirs nous mèneront au départ en Terre d'Israel, irréversible "Ils laissaient derrière eux toute une vie, une partie d'entre eux regrettaient déjà (...) mais comme l'avait crié la petite: le rrrretourrr en arrrièrrre est impossible" et jusqu'à l'arrivée, celle à laquelle on se s'attend pas "A première vue, la nouvelle réalité était différente du rêve, du moins, peu éloignée de la Patrie qu'ils venaient de quitter, et, après l'atterrissage, il commença à se calmer. Et même à se montrer désappointé".
Il faudra alors à Tal quelques années d'adaptation et cette incursion dans le passé pour boucler la boucle, et se réapproprier le Tolik qu'il avait été. Cette histoire, contée avec humour et mélancolie tout à la fois, retraçe l'expérience d'un million d'israéliens d'origine russe mais aussi celle de toute personne qui, à un moment donné a dû s'adapter a une nouvelle culture tout en essayant de préserver son identité

Novembre 2008 

 

 

 

 

 

 

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